Plan Dtaill Dissertation Philosophique

Bac Philo : la méthode pour la dissertation de philosophie

La dissertation de philosophie est sans doute l'une des épreuves les plus redoutées du bac. Voici nos conseils pour la réussir.

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David König - professeur de philosophie à l'Institut Stanislas de Nice, auteur de nombreux ouvrages de philosophie (dernier publié : Jacob Böhme. Le Prince des obscurs (biographie), aux éditions Le Cerf)... vous donne ses conseils pour réussir l’épreuve de philo.
Comment réussir la dissertation de philosophie : conseils pour chaque grande partie.

Introduction


Structure de l'introduction

1. L’amorce. Introduire le sujet par un développement, un exemple, une référence historique ou artistique, permettant d’illustrer la question.

2. Ce qui permet d’aboutir au libellé du sujet
, qu’il faut citer tel quel.

3. La problématisation. Après avoir brièvement défini les termes du libellé, il faut dégager le problème posé par le sujet (pourquoi la question se pose-t-elle ? quelles difficultés entraîne-t-elle ? y a-t-il un paradoxe ?). Une fois menée cette réflexion, il est possible de formuler la problématique qui guidera le devoir.

4. Préciser les enjeux : intérêt et portée de la question, conséquences éventuelles.

5. Annoncer le plan
en privilégiant la formulation interrogative (« nous nous demanderons si… » au lieu de « nous verrons que… ») L’introduction montre que le sujet soulève un problème (problématisation) et indique la manière dont on va le traiter (plan). L’introduction annonce sans conclure : elle ne doit pas résoudre d’emblée le problème.

La problématique

Le sujet pose un problème qui ne se réduit pas à la question formulée dans le libellé. Comment trouver la problématique ? Il suffit de se demander pourquoi la question se pose. L’analyse des termes du sujet doit permettre de dégager une problématique. Il y a une différence entre question et problème : la question appelle une réponse, le problème appelle une discussion. Une dissertation de philosophie est la discussion du problème contenu dans le sujet par l’analyse des différents concepts qu’il met en jeu. Il n’y a pas de réponse unique à une question : ce qui est attendu, c’est une réflexion personnelle argumentée illustrée par une culture philosophique générale qui déploie les
enjeux et les différents aspects de la question. Le correcteur veut vous voir réfléchir.

Le développement


Chaque paragraphe du développement doit idéalement avoir la structure suivante :

1. Formulation de l’idée directrice et argumentation qui prouve cette idée.

2. Référence philosophique sous forme ou non de citation (avec commentaire).

3. Illustration éventuelle (référence littéraire, artistique ou exemple).

4. Bilan
: impérativement écrire une phrase de synthèse récapitulative.

Le raisonnement mené dans le développement doit correspondre au plan annoncé dans l’introduction. Lorsque vous rédigez, demandez-vous si ce que vous êtes en train d’écrire a un rapport direct avec le sujet. Passez d’un paragraphe à l’autre de manière fluide et logique, en indiquant pourquoi on passe d’une idée à une autre (→ transition).
• 1 paragraphe = 1 idée.
• Les exemples et les citations doivent être correctement introduits et commentés.
• Les exemples ne sont pas des arguments ! Les exemples et les citations doivent venir appuyer le raisonnement, et non l’inverse.
• Il faut assurer le lien entre les différentes parties (et §§) par des transitions.
• Les parties ne doivent pas être interchangeables. Il doit y avoir une gradation
dans les parties, c’est-à-dire une progression de la pensée d’une partie à l’autre.
• Écrivez simplement et lisiblement !

La conclusion



Conclure en deux temps :

1. Reprendre l’argumentation (« dans un 1er temps… dans un 2e temps… etc. »)

2. Prendre position
(« Finalement, il apparaît que… »)

⟼ Pas de conclusion ouverte !
Ne négligez pas la conclusion : elle donne l’impression finale du devoir.
Surtout : relisez votre copie et tâchez de corriger les fautes d’orthographe.
Durant les premières minutes de découverte du sujet
• Bien lire le sujet. Définir les mots importants ; repérer les présupposés ; prêter attention aux conjonctions (et, ou, car…).
• Rattacher le sujet aux notions et aux thèmes du cours. Identifier les auteurs, les thèses et les exemples qui vont vous servir à appuyer chaque partie.
• Noter au brouillon ce à quoi vous fait penser le sujet ainsi que le plan que vous pourriez envisager, puis vérifier que ces pistes ne sont pas hors-sujet.

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Je mets progressivement en ligne ici la méthodologie que nous avons déjà vue en cours. Je vous recommande également de consulter l’exemple d’analyse que nous avions déjà faite à l’oral sur un texte de Sartre, ce qui vous permettra de comprendre plus clairement comment on rédige à l’écrit.

Au baccalauréat, je vous rappelle que vous avez le choix entre deux sujets de dissertation et un sujet d’explication de texte. Nous avons déjà vu la méthodologie de la dissertation, cherchons à comprendre maintenant les spécificités de l’explication de texte en philosophie.

« La connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise »

Le texte qui vous est proposé à l’explication est toujours un texte d’environ une vingtaine de lignes, qui est extrait de l’œuvre d’un des auteurs au programme. Il y a en effet dans le programme de philosophie une liste d’auteurs, dont il faut bien comprendre la signification : il n’est pas demandé aux professeurs de philosophie de faire un cours d’histoire de la philosophie. Le programme est avant tout composé de notions, qui renvoient à des problèmes philosophiques, et ce sont ces problèmes qui organisent notre réflexion tout au long de l’année. Nous voyons certes dans le cours la pensée de certains auteurs sur tel ou tel point précis, mais ces auteurs servent simplement de référence philosophique pour approfondir notre propre réflexion. Par conséquent, on ne peut exiger de vous une connaissance de l’auteur, lorsque vous faites votre explication de texte. Il y a d’ailleurs une consigne officielle qui rappelle ce point : après le texte à expliquer, il est précisé que « la connaissance de la doctrine de l’auteur n’est pas requise ».

Mais il ne faut pas se méprendre. Cela ne signifie pas qu’il ne faut pas faire référence à vos éventuelles connaissances sur l’auteur (ou sur d’autres auteurs). Comme nous le verrons plus loin dans cette méthodologie, ce type de connaissance peut être utile. De plus, il ne faut pas croire que l’explication de texte ne suppose aucune connaissance. Les élèves ont généralement tendance à choisir l’explication de texte par défaut pour ce motif, qui n’est pas une bonne raison. La dissertation fait en effet souvent peur : comment faire 6 pages à partir d’une question de 6 mots ? L’explication de texte paraît alors rassurante : il y a déjà un support, un document dont on croit toujours pouvoir tirer quelque chose. Ce n’est pas une bonne stratégie !! L’explication de texte est un exercice exigeant, tout aussi dur (voire plus dur) que la dissertation.

« Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question. »

Que faut-il faire alors dans l’explication de texte ? Expliquer le texte certes, mais il ne s’agit pas de n’importe quel type de texte. Les concepteurs du sujet doivent choisir un texte qui se rapporte à une ou deux des notions du programme de philosophie. Or ces notions renvoient à des problèmes philosophiques. Derrière un texte de philosophie, il y a en effet toujours un problème que l’auteur cherche à résoudre. La consigne officielle rappelle ce point : « Il faut et il suffit que l’explication rende compte, par la compréhension précise du texte, du problème dont il est question ».

Qu’est-ce que rendre compte du problème dont il est question dans un texte ? C’est comprendre la démarche de l’auteur dans ce texte : il y a un problème philosophique qui est posé (et qu’il faut donc dégager), et l’auteur propose une réponse à ce problème : il construit une argumentation, qui elle-même est construite à partir de concepts et de distinctions conceptuelles.

Un texte philosophique doit ainsi se comprendre essentiellement selon trois dimensions : les dimensions du problème, de l’argumentation, et des concepts. Rappelez-vous d’ailleurs ce vous deviez faire en dissertation : vous deviez dégager un problème (en introduction), et chercher à y répondre par une argumentation, en construisant votre argumentation à partir d’une analyse conceptuelle. Finalement, la dissertation consistait à construire par soi-même une démarche philosophique, alors que l’explication de texte vise à reconstruire et comprendre la démarche philosophique d’un auteur. Ce type de travail suppose une méthodologie spécifique que nous allons à présent préciser.

I – La copie finale

Voyons tout d’abord ce à quoi vous devez parvenir. Votre copie finale doit avoir la structure suivante : introduction / explication détaillée du texte qui suit le plan du texte / [discussion du texte] / conclusion. Examinons chacun de ces points.

A/ L’introduction

Le but de l’introduction est de donner une première image globale du texte et de son contenu. L’introduction suivra ainsi la structure suivante :

  1. Thème du texte
  2. Question directrice
  3. Thèse de l’auteur
  4. Enjeu de la question
  5. Plan du texte

Il faut d’abord repérer le thème du texte, c’est-à-dire la ou les deux notions sur lesquelles le texte porte (p.ex. : la liberté, ou bien la morale et la politique). Le thème du texte renvoie à un problème philosophique qui se formule d’abord sous la forme d’une question directrice à laquelle l’auteur essaie de répondre dans ce texte. Il faut dégager cette question, qui doit nécessairement porter sur la ou les deux notions qui constituent le thème du texte (p.ex. : « la liberté est-elle une illusion ? » ou bien « la politique doit-elle suivre les règles de la morale ? »). Nous venons de dire que l’auteur dans le texte cherche à résoudre un problème, il faut donc énoncer la thèse de l’auteur, et vérifier qu’elle constitue bien une réponse à la question directrice (p.ex. : « l’auteur défend l’idée que le sentiment que nous avons de notre liberté repose sur une croyance fausse qui provient de l’ignorance des mécanismes qui nous déterminent à agir », ou bien « selon l’auteur, l’homme politique doit avant tout chercher l’efficacité de son action, et le maintien de son propre pouvoir, ce qui suppose de transgresser les règles ordinaires de la morale lorsque cela est nécessaire »). Comme vous pouvez le constater, l’énoncé de la thèse doit être précis (il ne suffit pas de dire « selon l’auteur la liberté est une illusion »), et il faut noter que la thèse ne correspond pas à un passage du texte : c’est à vous de formuler la thèse.

Vous devez ensuite dégager l’enjeu. Pourquoi l’auteur s’évertue-t-il à répondre à cette question ? Pourquoi faut-il chercher à résoudre ce problème ? Quel est l’intérêt philosophique de cette question ? Qu’est-ce qui est en jeu dans cette question ? Une manière de dégager l’enjeu est de déterminer les implications des différentes réponses possibles que l’on peut donner à la question, et de voir ce qui change. Par exemple, si la liberté est une illusion, cela signifie que nous devons abandonner une croyance qui nous semble pourtant essentielle, mais n’avons-nous pas tous le sentiment d’être libre ? Comment est-il possible que nous soyons ici tous dans l’erreur ? Pourquoi avons-nous tendance à croire que nous sommes libres ?

Une fois que vous avez énoncé la réponse de l’auteur à la question directrice, ainsi que l’enjeu de cette question, vous devez expliquer comment l’auteur organise sa réponse, comment il construit son argumentation, ce qui correspond au plan du texte. Il s’agit ici de déterminer le cheminement de la pensée de l’auteur. Attention, n’en restez pas à des remarques formelles (« il énonce sa thèse, puis il y a un argument, et enfin un exemple »), mais précisez le contenu en montrant bien comment on passe d’une idée à une autre, en suivant bien la dynamique interne du texte.

Remarquez ici comme tout s’enchaîne logiquement dans l’introduction : on a d’abord le thème, puis la question directrice, qui porte sur le thème, puis la thèse, qui est une réponse à la question directrice, puis l’enjeu, qui explique pourquoi l’auteur s’efforce de défendre une thèse en réponse à la question directrice, puis le plan qui explique comment l’auteur organise la défense de sa thèse.

Vous avez présenté de manière globale le texte, passons à l’explication détaillée du texte.

B/ L’explication détaillée du texte

1°) Principes de base

Il y a deux risques principaux qu’il faut éviter dans l’explication de texte, qui constituent deux rochers entre lesquels il faut naviguer. Il y a tout d’abord le rocher de la paraphrase, qui est certainement le danger le plus important, celui vers lequel les élèves ont le plus tendance malheureusement à se diriger. Faire de la paraphrase, c’est simplement répéter le texte avec d’autres mots, et dans ce cas, on n’explique pas du tout le texte, on n’apporte rien du tout à la compréhension du texte. Le but est au contraire d’essayer de dégager le sens du texte, mais si l’on cherche à éviter la paraphrase, si l’on s’éloigne du rocher de la paraphrase, on risque aussi d’aller trop loin de l’autre côté, et de tomber dans le contresens, dans le hors sujet. Comment faire alors pour éviter la paraphrase et le contresens ou le hors sujet ?

a – pour éviter la paraphrase

Pour éviter la paraphrase, il faut analyser le texte, en dégager du sens. Il faut donc procéder de la manière suivante :

  • Il faut reconstruire, et expliciter l’argumentation de l’auteur : il faut dégager les idées principales, les liens logiques entre idées, les étapes du raisonnement, les chaînons manquants (parfois l’auteur ne précise pas comment on passe d’une idée à une autre, c’est alors à vous de clarifier ce point
  • Il faut définir, analyser le sens des notions et des distinctions utilisées par l’auteur
  • Il faut donner des exemples pour illustrer les idées de l’auteur
  • On peut utiliser des références philosophiques pour mettre en perspective une idée de l’auteur

Regardez par exemple le travail que nous avons fait en cours sur le texte de Schopenhauer :

  • Nous avons dégagé, grâce à un schéma, la structure logique du texte, et nous avons expliqué comment l’auteur passe de l’idée que le désir est un manque à l’idée que le désir est souffrance
  • Nous avons analysé l’idée que le désir est un manque en distinguant le cas des besoins et le cas des envies
  • Nous avions illustré l’idée que le désir est un manque avec l’exemple du désir amoureux, en utilisant également une référence philosophique : celle du mythe d’Aristophane
b – pour éviter le contresens ou le hors sujet

Lorsqu’on commence à dégager le sens du texte, le risque est de s’éloigner du texte, et de tomber dans le contresens ou le hors sujet. Pour éviter cela, il faut rester focalisé sur le texte, en procédant de la manière suivante :

  • Du point de vue de l’argumentation, il faut bien montrer comment l’argumentation de l’auteur se construit, progressivement, dans le texte lui-même. Les étapes du raisonnement doivent être dégagées à partir du texte lui-même.
  • Du point de vue de l’analyse des notions et des distinctions, il ne faut pas chercher à plaquer ses connaissances. Il faut être attentif à la singularité, à la spécificité du texte. Ce n’est pas parce que nous avons défini de telle ou telle manière une notion dans le cours, que l’auteur adopte lui aussi la même définition. Il faut déterminer le sens des notions et des distinctions utilisées par l’auteur à partir du texte lui-même. Cela ne signifie pas que les connaissances que vous avez sont inutiles ; au contraire, c’est par comparaison entre vos connaissances et ce que dit le texte que vous pourrez dégager le sens précis des idées du texte.
  • Du point de vue des exemples et des références philosophiques que vous utilisez, le seul critère est de savoir si votre exemple ou votre référence apporte quelque chose à la compréhension du texte : est-ce que votre exemple ou votre référence permet de mieux comprendre le texte ?

2°) L’organisation générale de l’explication

L’explication doit suivre de manière linéaire le texte (on ne fait pas un plan thématique), et il faut dégager dans le texte plusieurs parties. Il n’y a pas comme dans la dissertation, un nombre défini de parties à faire : selon les textes, ce sera 2 à 4 parties (au-delà, c’est trop pour un texte de seulement une vingtaine de lignes).

Le plan du texte doit correspondre à l’organisation logique du texte. Il faut donc être attentif aux liens logiques entre les idées. Aidez-vous des mots de liaison dans le texte, essayez bien de voir quand est-ce qu’on passe d’une idée à une autre. Notez que le plan du texte ne correspond pas nécessairement au nombre de paragraphes dans le texte. Les changements de ligne dans le texte sont certes une indication, mais l’important est de dégager la structure logique du texte.

Chaque partie correspond à une étape dans l’argumentation de l’auteur et il faut bien comprendre le lien entre chaque partie et la thèse. Le texte est organisée en fonction d’un but : défendre une thèse, il faut donc dégager le rôle logique de chaque partie, la contribution de chaque partie à l’établissement de cette thèse.

3°) Le contenu de chaque partie

Structure générale de chaque partie

La structure de chaque partie de votre explication ressemble à la structure d’une partie de dissertation : 1°) idée directrice (que fait l’auteur dans cette partie ? Quel est le rôle logique de cette partie dans l’argumentation générale de l’auteur ?), 2°) analyse du texte, 3°) bilan et transition (on rappelle ce qu’a fait l’auteur dans cette partie, et on explique ce qui fait passer de cette partie à la partie suivante).

L’analyse du texte

L’analyse du texte doit chercher à éviter la paraphrase et le contresens (cf. plus haut), et doit reposer sur une démarche de questionnement, qui procède essentiellement à partir de trois types de question :

  1. Qu’est-ce que cela veut dire ?
  2. Est-ce vrai ? (ou plutôt : dans quelle mesure est-ce vrai ?)
  3. Quel est l’enjeu ?

Le fil conducteur de votre analyse doit être cette démarche de questionnement. On ne procède pas ainsi : bloc de citation / explication / bloc de citation / explication / … . On ne fait que des citations courtes, précises et seulement lorsque c’est nécessaire.

Pour bien comprendre cette démarche de questionnement, nous avions fait à l’oral, en cours, l’analyse d’un passage d’un texte de Sartre où Sartre affirme que « l’homme se choisit ». Vous pouvez retrouver sur ce site le texte complet, ainsi que l’analyse de ce passage du texte.

C/ Discussion du texte

1°) Il faut viser à faire une discussion du texte

Après l’explication du texte, vous pouvez faire une discussion du texte. En effet, vous avez face à vous un texte philosophique : l’auteur cherche à répondre à un problème philosophique, mais sa réponse ne clôt pas le problème : on peut discuter la réponse que propose l’auteur.

Avant tout, il faut comprendre que la discussion du texte est facultative (vous pourriez simplement faire une explication de texte : si elle est bonne, on ne vous enlèvera pas des points si vous n’avez pas fait de partie de discussion), mais elle valorise beaucoup votre copie et il faut donc vous efforcer de faire une partie de discussion du texte. Attention toutefois : la discussion du texte ne peut remplacer l’explication du texte, qui, elle, est absolument nécessaire.

En définitive, si vous avez assez d’éléments de discussion du texte pour en faire une partie, n’hésitez pas, faites une partie de discussion. Si vous avez seulement quelques élément de discussion du texte, que vous ne parvenez pas à développer et qui ne peuvent constituer une partie entière, ne les laissez pas complètement de côté : dans ce cas, vous pouvez intégrer vos éléments de discussion du texte à l’explication de texte elle-même (vous expliquez le texte, puis vous faites votre remarque : vous montrez que vous avez compris ici qu’il y avait un point que l’on peut discuter. Ce serait évidemment mieux si vous développiez ce point, mais c’est déjà bien d’avoir fait cette remarque).

Nous n’avons pas encore expliqué ce que l’on peut faire dans la discussion du texte. Voyons avant tout ce qu’il ne faut pas faire

2°) Ce qu’il ne faut pas faire dans la discussion du texte

  • Il ne faut pas « descendre » le texte, et chercher à montrer que le texte est complètement faux, qu’il n’a pas d’intérêt, …. Si ce texte a été choisi comme sujet d’explication de texte, c’est qu’on estime que ce texte a un intérêt philosophique que vous devez être capable de reconnaître.
  • Il ne faut pas chercher à juger l’auteur et notamment à juger la clarté de son propos (ne dites surtout pas que « l’auteur n’est pas clair » ou que « l’auteur n’a pas compris que …, n’a pas vu que … »). Vous avez face à vous seulement un texte d’une vingtaine de lignes : vous ne pouvez pas juger un auteur sur ces quelques lignes.
  • Il ne faut pas donner son avis sur le texte, donner son opinion sur les idées de l’auteur. Le but n’est pas de savoir si vous êtes d’accord ou non avec l’auteur, mais d’évaluer le plus objectivement possible la pertinence et la vérité de ce qu’il affirme.

3°) Ce que vous pouvez faire dans la discussion du texte

  • Vous pouvez nuancer un point précis du texte. Nuancer le texte s’oppose à « descendre » le texte : on reconnaît l’intérêt philosophique du texte, sa part de vérité, mais on montre que sur tel point précis on ne peut accepter, telle quelle, l’idée de l’auteur pour telles et telles raisons (et il faut absolument préciser quelles sont ces raisons). [Par exemple, dans l’analyse du texte de Schopenhauer, nous avions nuancé l’idée que le désir nous conduit dans un cycle d’insatisfaction en montrant qu’une vie centrée sur des biens essentiels permet d’échapper à un tel cycle, qui semble surtout concerner les désirs de ce qui est superflu]
  • Vous pouvez confronter la pensée de l’auteur à une autre position philosophique, à la pensée d’un autre auteur. Il s’agit ici de montrer que d’autres réponses, au même problème, ont été envisagées, et il faut essayer de déterminer quelle est la réponse qui semble la plus pertinente (on procède toujours par questionnement : quelles objections peut-on faire à la pensée de l’auteur ? peut-on répondre à ces objections ?) [Vous avez justement pour votre première explication de texte à choisir entre deux textes qui énoncent des positions contraires (Thomas d’Aquin vs. D’Holbach) : il semble judicieux ici de confronter les deux perspectives]
  • Vous pouvez enfin prolonger la pensée de l’auteur. Il y a ici deux possibilités : soit on prolonge le texte sur un autre plan que l’auteur ne semble pas avoir envisagé dans le texte [on pourrait ainsi prolonger la pensée d’Épicure sur un autre plan : en se demandant si la règle individuelle de vie que propose Épicure a un sens si on se place au niveau politique (peut-on ériger cette règle individuelle en loi ?)]. Soit on prolonge le texte à partir d’une réflexion sur un enjeu contemporain [nous avions par exemple prolongé le texte de Schopenhauer sur un enjeu contemporain en montrant que l’idée d’un cycle d’insatisfaction permet de comprendre un phénomène contemporain : la société de consommation et la publicité].

D/ La conclusion

La conclusion suit la même méthode qu’en dissertation.

  1. Récapitulatif du cheminement du texte. Dans la dissertation vous devez récapituler ce que vous avez fait dans votre plan en montrant comment vous en êtes passé de votre première idée à votre réponse finale. De même, dans l’explication, il faut récapituler ce que l’auteur fait dans ce texte, en montrant comment le texte chemine d’une idée à une autre.
  2. Thèse de l’auteur, et intérêt philosophique du texte. En dissertation, vous devez expliciter clairement la réponse finale que vous donnez au sujet, et vous devez expliquer l’intérêt philosophique de cette réponse. De même, dans l’explication de texte, vous devez formuler clairement la thèse de l’auteur dans ce texte, et expliquer l’intérêt philosophique de ce texte.

Comment parvenir à faire un tel devoir ? C’est ce que nous allons voir à présent.

II – Le brouillon et la rédaction

A/ Première phase : lecture active

Dès la première lecture, il s’agit d’être actif, de ne pas lire passivement le texte. On lit le texte stylo à la main, et :

  1. On souligne les termes importants, les notions, les distinctions utilisées par l’auteur
  2. On marque dans la marge le passage d’une idée à une autre (afin de commencer à repérer l’organisation logique du texte).

B/ Deuxième phase : analyse globale du texte

On réserve ensuite une à deux feuilles de brouillon pour l’analyse globale du texte. Il s’agit ici de dégager les éléments suivants :

  1. Thème du texte : notez ici toutes les notions du texte, et entourez en une ou deux qui semblent être ce sur quoi porte le texte
  2. Question directrice du texte : n’oubliez pas que la question doit porter sur la ou les deux notions sur lesquelles le texte porte
  3. Thèse de l’auteur : n’oubliez pas de formuler la thèse de l’auteur par vous-même, de manière précise, et vérifiez qu’il s’agit bien d’une réponse à la question directrice
  4. Thèse(s) adverse(s) : afin de mieux comprendre la thèse de l’auteur, ce que propose l’auteur, il faut aussi comprendre ce à quoi il s’oppose ; dégagez donc ici clairement la ou les autres réponses possibles à la question directrice, et cherchez à comprendre en quoi l’auteur s’oppose à ces réponses-là.
  5. Enjeu de la question : cherchez à comprendre pourquoi il faut s’efforcer de répondre à la question directrice ? Quel est l’intérêt philosophique de cette question ? Qu’est-ce qui se joue derrière cette question ?
  6. Schéma logique du texte : essayez de dégager la structure logique du texte en intégrant toutes les idées du texte dans un même schéma (cf. les schémas que nous avons fait pour les textes de Schopenhauer et d’Épicure)
  7. Plan du texte : distinguez 2 à 4 parties dans le texte en précisant bien le cheminement qui fait passer d’une partie à une autre, le rôle logique logique de chaque partie (qu’est-ce que cette partie apporte ?) et la manière dont cette organisation logique permet de défendre la thèse de l’auteur.

C/ Troisième phase : analyse détaillée du texte

On réserve ici encore plusieurs feuilles de brouillon pour cette analyse en détail du texte. On procède de la manière la plus progressive possible : 1°) on isole un élément précis du texte, 2°) on analyse cet élément précis, 3°) on fait le lien avec le reste.

On cherche à dégager le plus de sens possible de chaque élément du texte. Pour cela on adopte une démarche de questionnement (cf. plus haut).

Remarque : Parfois certains textes difficiles supposent que l’on fasse d’abord l’analyse en détail, puis l’analyse globale. L’ordre n’est pas essentiel tant que vous avez fait, in fine, ces deux types d’analyse. Vous pouvez très bien commencer par dégager quelques éléments d’analyse globale, puis passer à l’analyse en détail, et revenir enfin à l’analyse globale pour la compléter ou la corriger sur certains points. C’est très souvent ainsi d’ailleurs que vous procéderez.

D/ Quatrième phase : rédaction

Une fois ce travail fini, on passe à la rédaction. On a sous les yeux à la fois son brouillon d’analyse globale et son brouillon d’analyse détaillée du texte, car il faudra dans sa rédaction à la fois faire l’analyse détaillée du texte, tout en étant attentif à la cohérence globale du texte.

L’introduction et la conclusion peuvent être rédigées au brouillon, mais vous ne devez pas tout écrire au préalable sur votre brouillon (rédigez avant au brouillon seulement lorsque vous n’arrivez pas à formuler une phrase).

Ce contenu a été publié le Méthodologie par Cédric Eyssette. Mettez-le en favori avec son permalien.

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